Euphorie tropicale / Tropical Bliss

16 février au 14 avril 2024 / February 16 – April 14 2024

Artiste: David Gumbs

[English Below]

EUPHORIE n.f. (1732 ; empr. grec euphoria « force de porter » dér. de euphoros « qui supporte facilement, dispos », de eu [➙eu-] et  pherein : « porter » [➙phore])

  1. Méd. Impression intense de bien-être général, pouvant aller jusqu’à un état de surexcitation.
  2. Cour. Sentiment de bien-être et de joie.
  3. Bien-être, prospérité (d’un pays, d’une collectivité)[1]

TROPICAL, ALE, AUX  adj. (1801 ; dér. de tropique)

A  1. Qui concerne les tropiques, la zone intertropicale, les régions situées autour de chaque tropique.de part et d’Autre de la zone équatoriale proprement dite. ➙ équatorial, intertropical. Région, zone tropicale. L’Amérique, L’Afrique tropicale – Climat tropical : type de climat chaud à faible variation annuelle de température, à forte variation du régime des pluies, qui règne de part et d’autre de chaque tropique.

  • (1859) Une chaleur, une température tropicale, très forte, très élevée.
  • (1904) Destiné aux tropiques, au climat tropical.

B    (1971) Fam. Propre aux régions tropicales d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, quant aux styles de musique populaire. [2]

Alors que le froid hivernal saisit le Canada, d’innombrables publicités nous tentent avec la promesse d’évasion vers des îles tropicales accueillantes. Ces destinations, ancrées dans notre imaginaire collectif, déclenchent une forme d’euphorie, un état de bien-être joyeux et profond qui nous éloigne momentanément de la banalité et du stress du quotidien. Les scènes typiques de cartes postales, de plages baignées de soleil et de paysages verdoyants défilent dans nos têtes, offrent une chaleureuse alternative face au froid persistant.

Ce contraste a incité une réflexion sur notre fascination pour le tropical et l’exotique. L’omniprésence de fruits et de fleurs tropicaux dans notre vie quotidienne, ornant nos vêtements, bijoux, et même nos maisons avec nos plantes d’intérieurs, est révélatrice d’une association de réconfort psychologique liée à l’imagerie tropicale.

Dans ce sens, l’invitation à présenter les réalisations de l’artiste saint-martinois, basé en Martinique David Gumbs était une belle exploration de ce contraste. Son travail, reconnu pour l’utilisation de couleurs vives aux aspects « psychédéliques » et de ses motifs floraux caribéens, s’oppose drastiquement à la vue actuelle des rues enneigées d’Aylmer.

Dans le cadre de l’exposition Euphorie tropicale/Tropical Bliss présentée à L’Imagier, Gumbs dévoile l’œuvre Cosmic Flowers (2020) qui combine divers assemblages d’images numériques de fleurs tropicales et reprend le mécanisme d’un Kaléidoscope, en mélangeant par un effet-miroir les formes et les couleurs, les transformant en différents motifs. Bien que cette structure puisse continuellement tourner d’elle-même, l’œuvre s’anime en présence des participant.e.s. S’imprimant dans cet espace numérique, leurs mouvements donnent naissance à de nouvelles structures dynamiques. Ces formes font écho aux dessins intuitifs de Gumbs, un pilier de son art qui relie l’espace physique et mental. L’intensité du mouvement des individus provoque un dialogue entre les motifs floraux et les dessins, rappelant les représentations météorologiques d’ouragans et de tempêtes tropicales – phénomènes courants dans les Antilles.

L’œuvre crée ainsi une tapisserie visuelle entrelaçant la psyché humaine, le corps, les motifs floraux et les phénomènes atmosphériques. Elle présente un jeu d’échelle, nous rappelant que notre relation avec le monde devrait transcender l’envie de distraction et de loisir. Au contraire, elle appelle à une interaction équilibrée et réciproque. Ce geste – à la fois ludique et profond – illustre l’interconnexion spirituelle de divers univers ou systèmes, qu’il soit humain, végétal, planétaire ou cosmique.

Dans une union poétique, le microcosme et le macrocosme convergent dans une image unique et dynamique. L’œuvre de Gumbs, profondément préoccupée par l’impact du changement climatique sur les territoires caribéens -menacés par la montée du niveau de la mer et des conditions météorologiques extrêmes- résonne plus que jamais. Les récents incendies de forêt au Canada sont un rappel frappant de la portée mondiale du changement climatique, nous affectant tous, sans exception. Ces événements soulignent notre interdépendance et l’impératif de penser collectivement en tant que membres de l’équipage du vaisseau spatial Terre[3].

Cette expérience avec Cosmic Flower est conçue non seulement pour le plaisir, mais aussi pour éveiller une conscience plus profonde de la crise environnementale mondiale naissante. Le charme des Caraïbes s’étend au-delà d’un lieu de vacances ; c’est une partie cruciale d’un écosystème complexe, interdépendant et interconnecté.

Nous sommes désormais confrontés à une question cruciale : l’euphorie vécue ici nous inspirera-t-elle à agir pour assurer la longévité de nos territoires pour les générations futures ? Ou ces moments deviendront-ils de lointains souvenirs nostalgiques éclipsés par des catastrophes climatiques en escalade ? Les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront l’avenir de notre voyage partagé sur notre seule et unique planète Terre.


[1] Dictionnaire culturel en langue française sous la direction de Alain Rey, Le Robert, 2005(tome IV) p.1614

[2] Ibid. (tome II) p.741-742

[3] Référence à l’ouvrage Manuel d’instruction pour le vaisseau spatial « Terre » de  R. Buckminster Fuller, édition L. Müller Baden, 2010.


EUPHORIA (noun) /juːˈfɔː.ri.ə/ (Origin: Greek, derived from euphoros “borne well, healthy”, from eu [➙eu-] and  pherein: “to bear/carry” [➙phore])

Definition: extreme happiness, sometimes more than is reasonable in a particular situation,

TROPICAL (adjective) /ˈtrɒp.ɪ.kəl/

Definition:

  • from or relating to the area between the two tropics
  • extremely hot
  • of or characteristic of the tropics (= the hottest area of the earth)

As the winter chill grips Canada, a plethora of advertisements tempt us with the promise of escape to welcoming tropical islands. These destinations, anchored in our collective imagination, trigger a kind of euphoria, a state of joyful and profound well-being that gives us a temporary reprieve from the humdrum and stress of everyday life. Typical postcard scenes of sun-drenched beaches and verdant landscapes flash through our minds, offering a warm alternative to the unrelenting cold.

This contrast prompted a reflection on our fascination with the tropical and exotic. The pervasiveness of tropical fruits and flowers in our daily lives, adorning our clothes, jewelry, and even our homes with indoor plants, is indicative of an association of psychological comfort linked to tropical imagery.

The invitation to present the work of David Gumbs, a Martinique-based artist from the Caribbean island of Saint-Martin, was therefore a welcome opportunity to explore this contrast. His work, renowned for its use of bright, psychedelic colours and Caribbean floral motifs, stands in stark contrast to the snowy streets of Aylmer today.

As part of the exhibition Euphorie tropicale/Tropical Bliss presented at L’Imagier, Gumbs unveils the work Cosmic Flowers (2020), which combines an assortment of digital images of tropical flowers using a kaleidoscope mechanism to blend shapes and colours through a mirror effect that transforms them into different patterns. While it can continuously run on its own, the installation comes to life in the presence of participants. Their movements, which are embedded in this digital space, give rise to new dynamic structures. These forms are reminiscent of Gumbs’ intuitive drawings, a pillar of his art that links physical and mental space. The intensity of visitors’ movement creates a dialogue between the floral motifs and the drawings, bringing to mind the meteorological representations of the hurricanes and tropical storms that are common in the West Indies.

The work thus creates a visual tapestry, interweaving the human psyche, the body, floral motifs,  and atmospheric phenomena. It plays with scale, reminding us that our relationship with the world should transcend the desire for distraction and pleasure. On the contrary, it calls for a balanced, reciprocal interaction. This gesture, both playful and profound, illustrates the spiritual interconnection of different universes or systems, be they human, plant, planetary or cosmic.

In a poetic union, microcosm and macrocosm converge in a single, dynamic image. Gumbs’ work, which is deeply concerned with the impact of climate change on the Caribbean territories that are threatened by rising sea levels and extreme weather conditions, resonates more than ever. Canada’s recent forest fires are a powerful reminder of the global scale of climate change, which affects each and every one of us. These events underscore our interdependence and the imperative to think collectively as members of the crew of Spaceship Earth.[1]

This experience with Cosmic Flower is designed not only for pleasure, but also to awaken a deeper awareness of the emerging global environmental crisis. The charm of the Caribbean goes beyond a mere vacation destination; it is a crucial part of a complex, interdependent, and interconnected ecosystem.

We now face a critical question: will the euphoria experienced here inspire us to act to safeguard the longevity of our territories for future generations? Or will these moments become distant nostalgic memories eclipsed by escalating climatic catastrophes? The choices we make today will determine the future of our shared journey on our one and only planet Earth.


[1] Reference to the book Operating Manual for Spaceship Earth, by R. Buckminster Fuller, Lars Müller Publishers, 2008.


Photos: David Gumbs, Cécilia Bracmort